Bureau de tabac

un poème de Fernando Pessoa

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Je ne suis rien.
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les
rêves du monde.

Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière
humaine unité ignorée
(et si l'on savait ce qu'elle est, que
saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d'une rue
au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les
pensées,
réelle, impossiblement réelle,
précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui
sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs
de moisissure et de cheveux blancs
les humains,
avec le destin qui conduit la
guimbarde de tout sur la route de
rien.

Je suis aujourd'hui vaincu, comme si
je connaissais la vérité;
lucide aujourd'hui, comme si j "étais
à l'article de la mort,
n'ayant plus d'autre fraternité avec
les choses
que celle d'un adieu, cette maison et
ce côté de la rue
se muant en une file de wagons, avec
un départ au sifflet venu du fond de
ma tête,
un ébranlement de mes nerfs et un
grincement de mes os qui démarrent.

pour lire la suite :"
art
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Reply #1 Top
Frederico Garcia Lorca m'a toujours inspiré et puisque c'est un moment de poèsie je vous fais partager cet extrait.

Romance somnambule

(...)

L'ami, je voudrais mourir dans
mon lit, comme tout le monde.
Un lit d'acier, si possible,
avec des draps de hollande.
Vois-tu cette plaie qui va
de ma poitrine à ma gorge?
Il y a trois cents roses brunes
sur le blanc de ta chemise.
Ton sang fume goutte à goutte
aux flanelles de ta ceinture.
Mais moi je ne suis plus moi et
ma maison n'est plus la mienne.
Laissez-moi monter au moins
jusqu'aux balustrades hautes.
De grâce, laissez-moi monter
jusqu'aux vertes balustrades.
Jusqu'aux balcons de la lune
là-bas où résonne l'eau.

Ils montent déjà, tous les deux,
vers les balustrades hautes.
Laissant un sentier de sang.
Laissant un sentier de larmes.
Sur les toitures tremblaient
des lanternes de fer-blanc.
Mille tambourins de verre
déchiraient le petit jour.

Vert et je te veux vert,
vent vert, vertes branches.
Ils ont monté, tous les deux.
Le vent laissait dans la bouche
un étrange goût de fiel,
de basilic et de menthe.
L'ami, dis-moi, où est-elle?
Où est-elle, ta fille amère?
Que de fois elle t'attendait!
Que de fois elle a pu t'attendre,
frais visage, cheveux noirs,
à la balustrade verte!

Sur le ciel de la citerne
la gitane se berçait.
Chair verte, cheveux verts
avec ses yeux d'argent froid.
Un petit glaçon de lune
la soutient par-dessus l'eau.
La nuit devint toute menue,
intime comme une place.
Des gardes civils ivres morts
donnaient des coups dans la porte.
Vert et je te veux vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer,
le cheval dans la montagne.






Reply #2 Top
J'ai choisi ce poème disons par esprit poujadiste mais cela n'ôte rien au génie de Fernando Pessoa, poète de l'Europe post-moderne s'il en est ... je viens de découvrir Marin soresco, un autre poète qui gagnera à être lu par les francophones... quant à Frederico Garcia Lorca inutile de rajouter quoi que ce soit
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